| Les médecins sont-ils des dealers ? |
| Écrit par Matthew Robinson |
| Jeudi, 01 Mars 2007 00:00 |
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Les praticiens ne sont pas mis en cause par le rapport 2006 de cet organisme qui fait le point sur l'évolution de la consommation et des prescriptions des stupéfiants et des substances psychotropes. Mais c'est la question que l'on peut se poser à la lecture de ce document : dealers à leur insu, bien entendu. Il existe des traités internationaux relatifs au contrôle des drogues, en particulier la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, modifiée par le protocole du 25 mars 19721 et la Convention de 1971 sur les substances psychotropes2. Ces textes ont été établis afin de prévenir l'abus et l'utilisation à des fins non médicales des stupéfiants et des substances psychotropes. Ils ne remettent pas en cause l'intérêt que peuvent avoir ces substances en médecine ou pour la recherche scientifique. Ils sont transposés dans la législation nationale de la plupart des plus de 180 États qui ont ratifié ces traités.L'évolution des modes de commerce a, depuis quelques années, révolutionné la vente de ces substances puisque, grâce à Internet, on peut se les procurer maintenant dans des pharmacies en ligne sans ordonnance. Le contrôle international mis en place est donc contourné et ce marché non réglementé est en plein essor. Cela est d'autant plus ennuyeux que, selon la Food and drug administration (FDA), citée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS)3, plus de 10% des médicaments vendus dans le monde seraient contrefaits. De nombreux produits sont en cause : benzodiazépines, amphétamines, opioïdes, etc. Ce marché parallèle est présent dans le monde entier bien que les pays en voie de développement soient les plus vulnérables. Il prend des formes variées faisant intervenir des acteurs ayant ou non une licence pour vendre ce type de produits et ne respectant pas la réglementation. De l' "amateur" au réseau organisé, de l'échoppe sur un marché à la vente sur Internet, toutes les situations sont possibles. Il peut aussi exister des praticiens malhonnêtes qui profitent de leur droit de prescription pour fournir contre rétribution des substances réglementées. Mais dans la très grande majorité des cas, tout cela n'est pas du fait des médecins. Tout comme ne sont pas non plus de la responsabilité du praticien les falsifications d'ordonnances dans des conditions normales d'exercice. Détournement des médicaments sur ordonnance
L'élément que nous voulons surtout évoquer ici est l'abus des médicaments délivrés sur ordonnance. Cette situation est préoccupante dans des pays comme le Canada, les États-Unis d'Amérique et les grands pays européens. Selon le rapport : « Aux États-Unis, l'abus de médicaments sur ordonnance, notamment de stimulants comme le méthylphénidate (Ritalin) et l'amphétamine et la dexamphétamine (Adderall), et de médicaments en vente libre n'est pas moins important que l'abus de drogues comme la méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA, couramment dénommée "ecstasy"), la cocaïne, la méthamphétamine et l'héroïne. Au Canada, le méthylphénidate (Ritalin et Concerta) et la dexamphétamine (Dexedrine) font partie des stimulants placés sous contrôle international que l'on trouve dans des préparations pharmaceutiques. Le nombre d'ordonnances pour du méthylphénidate a augmenté de 46 % au Canada entre 1999 et 2003. Les produits à base de méthylphénidate sont écrasés afin d'être injectés par voie intraveineuse, opération qui comporte un certain nombre de risques sanitaires. ». Les ordonnances de buprénorphine (Subutex) posent aussi des problèmes. En France par exemple, ce produit utilisé pour certaines désintoxications comme substitutif, une fois acheté sur ordonnance, peut se retrouver exporté illégalement sur d'autres marchés. Ces pratiques sont en très nette augmentation depuis quelques années. Situation paradoxale : le droit national vient d'évoluer vers un allègement des mesures de contrôles concernant essentiellement les stupéfiants dans le cadre de la politique de lutte contre la douleur. Le décret n°2007-157 du 5 février 2007 relatif aux substances vénéneuses modifie le Code de la santé publique avec pour objectif une accessibilité plus grande aux médicaments concernés par cette politique. Le médecin face à tout cela est assez démuni. Il lui est difficile de remettre en cause la bonne foi du patient qui vient le consulter. Les trafiquants le savent. Que doit faire un praticien chez qui se présente un patient qu'il ne connaît pas et qui demande le renouvellement d'une ordonnance de psychotropes dont l'usage peut-être détourné ? Entre son obligation de soins et la nécessité de ne pas favoriser l'essor de tels trafics, il est souvent délicat pour lui de faire un choix. De jeunes remplaçants en médecine générale évoquent souvent ce problème, car ils sont des cibles faciles pour les toxicomanes et les trafiquants. Leur formation ne les a pas toujours confrontés à ce type de sollicitations.
Organe international du contrôle des stupéfiants
1 : Organisation des nations unies (ONU), Recueil des Traités, vol. 976, no 14152. 2 : Ibid., vol. 1019, no 14956. 3 : "Médicaments de qualité inférieure et contrefaits", Aide-mémoire n° 275, novembre 2003. 4 : Télécharger la note sur le site de l'Afssaps. |
| Mis à jour ( Samedi, 14 Juin 2008 16:21 ) |
















