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Payer pour son suicide assisté devant témoin
Écrit par Droit-medical.com   
Samedi, 21 février 2009 22:02

Le droit à mourir dignement fait l'unanimité. Il n'en est pas de même quant aux moyens à utiliser pour exercer ce droit, d’autant que l'euthanasie et la mort assistée déclenchent des débats passionnés au sein de la société. Loin de ces querelles, des Européens font appel à une association suisse pour organiser leur suicide assisté. L'acteur Daniel Gall, dans un ouvrage intitulé « J'ai accompagné ma soeur », apporte un témoignage bouleversant sur ce « tourisme de la mort ».

Si chacun a un avis sur l'euthanasie dans les conversations de salon, personne ne peut dire comment il réagirait si l'un de ses proches lui demandait d'être le témoin de son suicide assisté. Daniel Gall a vécu une telle situation et peut en parler. Il a décidé de raconter cette histoire dans un livre et de dénoncer les conditions dans lesquelles sa soeur a vécu ses derniers instants en Suisse où une telle pratique est tolérée. Ce récit ne peut laisser indifférent.

Le droit de la fin de vie et le suicide assisté s'articulent principalement autour des articles 111, 114 et 115 du code pénal suisse.

Art. 111
Meurtre

Celui qui aura intentionnellement tué une personne sera puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au moins, en tant que les conditions prévues aux articles suivants ne seront pas réalisées.

 

Art. 114
Meurtre sur la demande de la victime


Celui qui, cédant à un mobile honorable, notamment à la pitié, aura donné la mort à une personne sur la demande sérieuse et instante de celle-ci sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.

 

Art. 115
Incitation et assistance au suicide


Celui qui, poussé par un mobile égoïste, aura incité une personne au suicide, ou lui aura prêté assistance en vue du suicide, sera, si le suicide a été consommé ou tenté, puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire.

Intervenir directement pour abréger les souffrances d'un patient, même avec son consentement, est considéré comme un meurtre par la Confédération helvétique. Par contre, ce qui est appelé l’« euthanasie active indirecte » n'est pas interdit. À partir du moment où une personne prend sa décision en toute liberté et que l'on peut estimer que le prolongement de sa vie va à l'encontre de ses intérêts, puisqu'elle est en phase terminale d'une maladie incurable, cette pratique est admise. Il peut être délivré au malade des substances ayant pour but de soulager ses souffrances en lui faisant perdre la vie.
Pour ce qui est du suicide assisté, l'article 115 pourrait laisser penser qu'il n'est pas autorisé. Mais c'est à l'interprétation inverse que le droit suisse en est arrivé. Pour être condamnée, une personne, qui n'est pas obligatoirement médecin comme cela peut être le cas dans d'autres pays européens, doit avoir agi intentionnellement, et non par négligence, tout en ayant pour cela un mobile égoïste, comme en tirer un avantage personnel. Ces deux conditions doivent être remplies pour qu'une condamnation intervienne. Là encore, le libre-choix du malade est primordial et doit intervenir sans pression. Si l'assistant agit par pure indifférence, il n'est pas mis en cause. Grâce à cette interprétation de la loi, des associations aidant les malades à « mourir dignement » ont vu le jour en Suisse.

C'est l'aspect humain sur lequel revient Daniel Grall. Il apporte son regard sur les relations que les hommes entretiennent avec la mort et sur le fait que certains l'acceptent mieux que d'autres. Comment se résigner au suicide d'un proche et faire son deuil ? Le départ volontaire d'un être cher est souvent vécu comme un échec pour ceux qui restent. De plus, on peut comprendre que les circonstances dans lesquelles sa soeur a choisi de mettre fin à ses jours pour ne pas se laisser gagner par la déchéance liée à une maladie d'Alzheimer n'ont pas aidé l'acteur à cautionner la pratique du suicide assisté au milieu des Alpes. Plus que le principe, c'est le manque d'humanité et l'aspect financier qui ont choqué l'auteur de l'ouvrage. Son récit, basé sur des notes qu'il a prises depuis le début de ce chapitre de sa vie familiale, laisse une profonde sensation de malaise qui conduit irrémédiablement à se poser des questions sur la façon dont chacun aurait réagi face à une telle situation. Un livre qui ne peut peut pas laisser indifférent…

 


Le tourisme de la mort ou le suicide assisté en SuisseAlors que le débat sur la mort assistée et l’euthanasie est loin d’être tranché, Daniel Gall nous livre un témoignage sur un « business » sujet à toutes les polémiques, celui de la mort assistée.

Chaque année, plusieurs dizaines de Français choisissent de se rendre en Suisse pour en finir avec la vie. Moyennant 7 à 10.000 euros, ces candidats au suicide assisté absorbent un poison qui les endort pour toujours. La Suisse est le seul pays d’Europe a autoriser cette pratique et, sur place, une association, Dignitas, s’est « spécialisée » dans l’« accompagnement » des étrangers.

Il y a quelques mois, Daniel Gall a été témoin du suicide assisté en Suisse de sa soeur aînée et de son mari. D’abord incrédule lorsque ses proches lui ont annoncé cette décision, l’homme va se révolter devant ce renoncement à la vie injustifiable à ses yeux, ce « syndicaliste de l’espérance » va tenter de les raisonner, de les dissuader avant, progressivement, de se résigner face à ce qui s’avère être un « choix » inaliénable. Par amour pour cette soeur adulée, Daniel Gall va finir par accepter d’être le témoin de ce voyage programmé vers la mort, d’accompagner cette fin de vie en apparence choisie. Alors, derrière certains discours compassionnels des partisans du « droit de mourir dans la dignité », l’auteur va découvrir une insupportable réalité.

 

 

Daniel Gall
J'ai accompagné ma soeur
Éditions Michalon
ISBN 978-2-84186-474-4 - 160 pages - 15 €

 

Mise à jour le Lundi, 23 février 2009 12:15