| Être arrêté ou incarcéré peut nuire gravement à la santé |
| Écrit par Droit-medical.com |
| Lundi, 06 septembre 2010 07:51 |
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Avant d'examiner les jurisprudences dont il est question, un petit rappel de ce qu'est l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales peut être utile. Cet article interdit la torture : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. » Il faut savoir que ce principe fait l'objet de nombreuses jurisprudences de la CEDH qui sont loin d'être l'apanage des pays de l'Est, la France elle-même ayant été condamnée à plusieurs reprises à ce titre dans des affaires mettant en cause ses services de police ou son administration pénitentiaire. La première affaire oppose la République moldave à l'un de ses citoyens de 44 ans répondant au charmant prénom de Tudor. La Moldavie, petit pays coincé entre la Roumanie et l'Ukraine, ne fait pas partie de l'Union européenne. Cela ne l'a pas empêché pour autant de ratifier la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En 2000, Tudor travaille pour Social Amnesty, une organisation qui apporte un soutien juridique aux personnes incarcérées. Deux jours après être sorti de l'hôpital suite à une intervention chirurgicale loin d'être bénigne pour un problème de santé sans rapport avec ses activités, il est arrêté par la police. Suspecté de fraude, il est conduit dans un commissariat. Il explique avoir alors été suspendu à une barre de fer et frappé à coups de mitraillettes et de matraques en caoutchouc. Ces coups ont rouvert sa cicatrice de son intervention chirurgicale. Malgré cela, il a été placé dans une petite cellule au poste de police, sans lit, matelas ou couvertures et sans accès à des sanitaires. Il a dû dormir sur le sol en béton. Ce n'est que six jours plus tard, alors qu'il est toujours retenu prisonnier au poste de police, qu'il est examiné par un médecin qui constate que la plaie est béante et a recommandé qu'il soit immédiatement admis à l'hôpital. Mais rien n'y fait, l'agent de police qui en a la garde refusé son transfert dans un établissement de soins. Ce n'est que dix jours plus tard, que Tudor est conduit en prison et placé dans une unité médicalisée... C'est pour toutes ces raisons que cet homme engage des procédures à l'encontre des autorités. Après un combat acharné et plusieurs rejets de ses plaintes, une cour d'appel moldave finit par reconnaître que des éléments du dossier corroborent les dires de Tudor et lui concède des dommages et intérêts pour un montant de 100 lei, la monnaie locale, soit l'équivalent de 6 euros à l'époque... Autant dire que le plaignant est loin d'être satisfait, il se pourvoit en cassation devant la Cour suprême. Cette dernière, constatant qu'il n'existe aucun texte dans la législation moldave prévoyant d'indemniser une telle situation même si les plaintes sont fondées, se base néanmoins sur l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des jurisprudences de la CEDH pour majorer les dommages et intérêts qui cumulés atteignent un montant de 10 210 lei, soit 612 euros. Toujours pas satisfait, Tudor se tourne vers la CEDH. La seconde affaire oppose la Pologne à l'un de ses ressortissants. Ce dernier « se plaint en particulier d'une violation de l'article 3 de la Convention, en raison de son incarcération poursuivie par les autorités en dépit de son état de santé, malgré l'absence de traitement médical approprié et contrairement aux avis médicaux concluant à son incapacité à être incarcéré. » Suite à une lourde intervention de chirurgie vasculaire, le plaignant, incarcéré en raison plusieurs condamnations, doit suivre une rééducation appropriée. Or le traitement dont cet homme a besoin ne peut lui être dispensé en temps requis en milieu carcéral, d'après le tribunal d'application des peines local. En effet, le service de rééducation récemment créé au sein de la prison a une capacité d'accueil très restreinte (neuf détenus) et en outre la durée d'attente en vue d'admission y est considérable (environ un an et demi). Un congé pénal lui est accordé, suivi de nombreux autres en raison de maux « incurables, de caractère évolutif et constituant un danger sérieux pour sa santé et même pour sa vie », son état s'étant aggravé. Un expert cardiologue confirme même que la poursuite de l'incarcération du requérant comporterait un risque énorme pour ce dernier et qu'elle pourrait lui être fatale, car aucun établissement pénitentiaire ne serait adapté au suivi médical d'un tel patient. Malgré cela et en raison de la lenteur avec laquelle la justice traite son dossier, l'homme est réincarcéré et une suspension de ses peines lui est refusée. Il en finit par saisir la CEDH. Après tout ça, pas question de dire que la prison, c'est la santé...
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| Mise à jour le Lundi, 06 septembre 2010 11:18 |


















Il ne fait pas bon fréquenter les commissariats de police et les prisons dans les anciens pays du bloc de l'Est. Tout du moins, c'est ce que laissent à penser deux jurisprudences récentes de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).
