| Lentilles de contact et vente par Internet |
| Écrit par Matthew Robinson |
| Samedi, 15 novembre 2008 02:00 |
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Il convient de commencer par un petit historique pour mieux comprendre la genèse de telles situations. Dans un souci de santé publique, la jurisprudence et le législateur ont toujours estimé que l'adaptation des lentilles de contact était un acte médical et qu'il convenait qu'il le reste. Ce n'est pas un hasard si ces produits sont classés parmi les dispositifs médicaux. Malgré leur banalisation, il s'agit de véritables prothèses, posées directement au contact de l'oeil et pouvant interagir avec les problèmes de santé ou les traitements du patient. L'ophtalmologiste connaît les risques d'un mésusage des lentilles et, lorsqu'il fait preuve du sérieux censé caractériser son exercice et qu'il respecte la loi, remplit son devoir d'information au moment de la consultation d'adaptation. Rien ne vaut la prévention en ce domaine où un patient, qui s'obstine 48 à 72 heures à vouloir porter ses lentilles alors qu'il ressent une gêne inhabituelle avec son équipement, au mépris des informations que lui a données le médecin, peut devoir subir une greffe de cornée en raison de séquelles cornéennes sur abcès, par exemple. Un patient pour l'un, un client pour l'autre Rien d'illogique à ce que la vente des lentilles de contact fût libre dans les magasins d'optique puisque l'acte médical de l'adaptation prévenait toutes dérives. En confondant client et patient, dans un environnement où les revenus sont uniquement générés par la vente, et en instaurant de fait une délégation de tâche qui n'a pas lieu d'être, on privilégie les emplois et le développement de grandes chaînes d'optique prêtes à financer bien des campagnes... publicitaires, mais on en oublie la santé publique. N'est-ce pas éxagérer que de dire cela ? Les chiffres de matériovigilance ne sont pas inquiétants, si l'on en croit l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). La loi oblige les professionnels de santé à déclarer les incidents pouvant nuire gravement à la santé. La perte de la vision d'un oeil est-elle considérée comme une nuisance grave ? Non, si l'on sait que ce problème ne donne droit qu'à une très faible indemnisation en cas de préjudice. En cas de mésusage, la déclaration n'a pas lieu d'être. Matériovigilance et monopole Les professionnels de l'optique ont l'habitude de protéger leur monopole commercial, la santé publique devenant, dans ce cas-là, leur meilleur allié. La grande distribution l'a appris à ses dépens. Interdiction lui a ainsi été faite de vendre les lentilles de contact correctrices ou les produits d'entretien qui y sont associés, malgré les avis favorables du Conseil de la concurrence à ce sujet. Mais il arrive parfois que les textes édictés pour protéger une pratique se retournent contre ceux qui les ont appelés de leurs voeux. Il en est ainsi de l'article L 4362-9 du code de la santé publique précisant que le colportage des verres correcteurs d'amétropie est interdit. Ayant les mêmes origines que l'interdiction de la médecine foraine, ce principe empêche, en France, la vente des lentilles par correspondance ou par Internet pour un site basé dans l'Hexagone. Par contre, la législation européenne sur la libre circulation des produits et la concurrence, ainsi que les lois d'autres pays de l'Union, permettent aux consommateurs français d'acheter leurs lentilles par ce biais. Il s'agit là d'un manque à gagner pour les représentants français des fabricants de lentilles et pour les opticiens. Ils font donc front commun pour dissuader leurs clients d'aller se fournir sur le Net. La justice française pourrait venir en aide aux fabricants. Une jurisprudence de la 2e chambre civile de la Cour de cassation a décidé, le 6 novembre 2008 (no pourvoi 07-17445), que le juge est compétent pour statuer lorsqu'un site litigieux étranger est accessible depuis l'ensemble de l'Hexagone. Des actions contre des sites qui vendent des lentilles en France par Internet devraient donc être possibles. Reste à savoir ce que la justice européenne pensera de telles actions. Elles pourraient au moins faire gagner de précieuses années aux fabricants et aux opticiens français, le temps que la loi française les autorise à colporter les verres correcteurs. L'histoire ne s'arrête pas là puisqu'un fabricant de verres de lunettes met, dès à présent, à la disposition des ophtalmologistes une machine permettant d'envoyer directement par Internet les données autorisant la réalisation des verres. Sachant qu'il existe déjà des sites donnant la possibilité d'acheter ses lunettes correctrices sur Internet, les opticiens pourraient être confrontés à une nouvelle concurrence... Il peut être intéressant de lire l'article de Maître Gérard Haas, avocat à Paris, intitulé "Cyber-opticien : un trompe l'oeil ?" pour se faire une idée à ce sujet. On voit bien que le même béotien qui pense que l'adaptation des lentilles de contact n'est pas un acte médical, pourrait être tenté de penser qu'ajuster une monture et des verres ne justifie pas le passage en boutique.
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| Mise à jour le Mardi, 06 juillet 2010 10:00 |


















La vente de dispositifs médicaux, comme les lentilles de contact et leurs produits d'entretien, est en plein essor sur Internet. Moindre coût et livraison à domicile séduisent bon nombre d'internautes, d'autant que la banalisation de la délivrance de ces produits sans avis médical donne l'impression qu'il s'agit d'un bien de consommation courant. Les instances européennes privilégient d'ailleurs régulièrement l'aspect commercial en favorisant la libre circulation de ces produits au détriment des mesures de santé publique prises par certains pays de l'Union, à tel point que de nombreuses situations paradoxales existent.

